Orange Labs : pilier discret, force motrice de Lannion
Commençons par tordre le cou à une idée reçue : l’histoire de Lannion dans les télécoms n’est pas née hier. C’est dès 1960 qu’un centre de recherche voit le jour, à l’époque...
L’héritage n’est pas qu’un mot creux à Lannion : depuis les années 1960, la ville abrite un cluster industriel technologique lié aux télécommunications. L’installation du Centre national d’études des télécommunications (CNET, Orange Labs aujourd’hui), couplée à la présence de la première école d’ingénieurs de télécom de province (IMT Atlantique, ex-ENST Bretagne), a jeté les bases d’un écosystème scientifique prolifique. Résultat : plus de 3200 emplois technologiques recensés en 2023 dans le Trégor [source : Lannion-Trégor Communauté].
Paradoxalement, c’est ce “petit cluster au bord de la mer” qui dessine des technologies capables de changer la donne en médecine, spatial, défense ou environnement.
La photonique, pour les non-initiés, c’est l’ensemble des technologies qui utilisent la lumière (photons) pour transmettre, enregistrer ou traiter l’information. Derrière ce terme : fibres optiques, lasers, capteurs, dispositifs d’éclairage intelligents. Si la filière pèse 18 milliards d’euros en France (Etude Photonics France 2023), Lannion occupe une place de choix avec Photonics Bretagne, le pôle régional de référence.
Une communauté soudée, capable de répondre aux grands appels à projets européens, mais aussi de “customiser” ses solutions pour le tissu industriel régional.
Née avec le déploiement des premiers câbles de fibre optique transatlantiques dans les années 1980, l’innovation lannionnaise se concentre aujourd’hui sur le “fiber design” avancé :
Pas étonnant que Corning, Prysmian ou Sterlite, géants du secteur, suivent de près ce qui se trame dans la baie de Lannion.
Moins clinquant mais tout aussi révolutionnaire : l’irruption de la photonique dans le diagnostic médical. Plusieurs startups issues de l’IMT Atlantique s’attaquent à des défis pointus :
On aurait pu croire la photonique réservée aux réseaux et à la médecine. Mauvais calcul : la crise climatique pousse Lannion à accélérer sur la face environnementale de la lumière :
La révolution “du photon au pixel” s’accélère : embarquer directement dans l’optique des capacités de traitement IA. Cas d’école : Yncréa Ouest Lannion développe, pour le secteur industriel, des caméras couplées à des algorithmes de reconnaissance de défauts (métallurgie, agroalimentaire). L’impact sur la productivité et le gaspillage est déjà chiffré : jusqu’à 20 % de gain en qualité sur les lignes de production (Données internes, 2023).
Plus inattendu : la startup SpectraLann, spin-off du laboratoire Foton/CNRS, travaille sur des modules d’analyse multi-spectrale destinés à la sécurité (scanners rapides dans les gares), et à l’agriculture de précision (contrôle du mûrissement des fruits en entrepôt… depuis un simple faisceau lumineux).
Derrière les success stories, la réalité économique locale balance entre dynamisme et fragilité.
Certes, les dispositifs publics sont à la manœuvre : la Région Bretagne injecte près de 10 M€ chaque année dans ses “filières stratégiques”, incluant la photonique, tandis que les projets européens (Interreg NWE, Horizon Europe) jouent un rôle de tremplin. Mais la course à la compétitivité mondiale est féroce : la Silicon Valley, l’Allemagne et la Chine investissent — littéralement — à la vitesse de la lumière.
Pour comprendre le sel de cette aventure, encore fallait-il interroger ceux qui y croient et la font vivre. Quelques extraits :
On notera que l’internationalisation reste un talon d’Achille : 62 % des entreprises ne réalisent pas encore 10 % de leur chiffre d’affaires à l’export (source : Lannion-Trégor Communauté, 2023).
La lumière, à Lannion, ne circule décidément pas en circuit fermé. Saurons-nous transformer ce patchwork d’innovations, de laboratoires acharnés et de PME combatifs en un modèle régional de création durable ? La question reste ouverte, mais un fait demeure : la photonique n’a jamais semblé si lumineuse pour la Bretagne… à condition de ne pas regarder ailleurs quand fuse l’étincelle.
La suite dépendra autant des choix locaux que des collaborations internationales, de la capacité d’oser que de celle de fidéliser les talents. Un défi à la mesure de l’histoire industrielle bretonne et, peut-être, un exemple à suivre pour d’autres régions françaises cherchant, elles aussi, leur “photon d’avance”.