Lait et porcs : quid du modèle pour chaque filière ?
Laitiers bretons : de l’énergie dans le tank… ou pas ?
Chez les producteurs laitiers, la méthanisation séduit de plus en plus d’exploitations atteignant ou dépassant 150 vaches laitières. L’argument phare ? Diversification du revenu – illustrée par des exploitations qui tirent jusqu’à 20 % de leur chiffre d’affaires du gaz vert (source : Ouest-France, 2022). Mais le revers n’est pas à négliger : le cycle d’investissement, l’endettement et la dépendance aux déchets extérieurs (cultures intermédiaires, coproduits) rendent l’équation fragile, surtout quand le prix du lait varie.
La question du digestat reste sensible, certains territoires s’interrogeant sur sa réelle valeur agronomique et sur l’évolution des normes d’épandage, quitte à transformer un engrais “vert” en fardeau réglementaire. En somme, la méthanisation laitière est une opportunité, mais pas une panacée universelle ni un ticket gagnant pour tous.
Porcins bretons : la valse des effluents, la contrainte et l’opportunité
Pour les producteurs de porcs, la pression environnementale est autrement plus forte. Le plan nitrates et les zones vulnérables, dont la Bretagne est championne malheureuse, rendent la méthanisation attractive… par nécessité plus que par choix. Près de 40 % des méthaniseurs agricoles bretons sont aujourd’hui portés ou cogérés par des exploitants porcins (source : Chambre d’agriculture, 2023).
Ils bénéficient d’un gisement d’effluents abondant et régulier, mais butent sur la composition trop liquide des lisiers, qui limite le potentiel méthanogène si on n’y ajoute pas d’autres substrats (déchets verts, CIVE). Le montage collectif de plusieurs élevages, parfois avec le soutien de coopératives ou d’investisseurs extérieurs, s’impose alors comme la meilleure stratégie pour atteindre la taille critique… non sans débats sur le partage des risques et des profits.
Un autre enjeu, rarement dit tout haut : la tentation, pour certains, d’accueillir des déchets hors secteur agricole pour booster leur production. Risques de saturation, odeurs accrues, incident social garanti dans les campagnes si le dialogue local fait défaut.