Quels emplois pour les Côtes-d'Armor ? Promesses, réalités et (dés)illusions
Construction : entre espoir régional et sous-traitance éclatée
Le chantier, qui a débuté en 2021, a mobilisé jusqu’à 950 personnes (Source : Le Télégramme, novembre 2022), mais la quasi-totalité des emplois industriels qualifiés ont été concentrés hors de Bretagne : Navantia (Espagne) et Windar (Espagne) pour les fondations, Siemens Gamesa (Danemark/Espagne) pour les éoliennes... L’assemblage de certaines pièces et un peu de logistique portuaire se sont faits à Brest et Saint-Nazaire, générant localement une fourchette de 250 à 300 emplois temporaires. Pour Saint-Brieuc même, le port a été rénové mais n’a accueilli que des activités annexes (maintenance des navires, petits travaux maritimes).
- Environ 120 à 150 emplois ont été directement localisés dans les Côtes-d’Armor durant le pic du chantier, essentiellement en logistique et travaux maritimes (source : CCI Côtes-d’Armor, 2023).
- Les industriels locaux – fort attendus – n’ont décroché que 10 à 15 % des marchés initiaux, selon les syndicats professionnels (source : Ouest-France, 2022).
- La formation spécifique a souvent manqué localement, obligeant à importer une main d’œuvre qualifiée (techniciens offshore, plongeurs, pilotes de navires spécialisés).
Exploitation et maintenance : quelles perspectives de long terme ?
Après l’inauguration, une autre réalité s’impose : les 62 turbines ne nécessitent qu’une équipe resserrée pour tourner. Selon le dossier de presse d’Ailes Marines, le site de maintenance de Saint-Quay-Portrieux accueillerait « une centaine d’emplois directs et indirects ». Les fiches de poste publiées résument la diversité réelle :
- Techniciens de maintenance éolienne (profils Bac+2/Bac+3, souvent recrutés hors région faute de filière locale bien établie)
- Électriciens, logisticiens, coordinateurs de sécurité maritime
- Agents portuaires et personnels d’appui (gestion logistique, surveillance environnementale)
On est donc loin du gisement d’emplois largement fantasmé au lancement du projet. « L’industrie éolienne offshore pèse essentiellement sur la conception, pas sur l’exploitation », confirme Luc Lermytte, porte-parole du cluster Wind’Occ. Sauf à développer localement les filières industrielles, « l’effet sur la masse salariale régionale restera modeste ».